Mano Solo rentre au port...
"Mes amis ne pleurez pas, le combat continue sans moi. Tant que quelqu'un écoutera ma voix, je serai vivant dans votre monde à la con", chantait Mano Solo en 1997 sur l'album Je sais pas trop, un de ses albums les plus personnels. Le chanteur à la voix déchirante et reconnaissable entre mille est décédé, dimanche 10 janvier, à Paris des suites de plusieurs anévrismes à l'âge de 46 ans. Atteint du sida depuis de nombreuses années, il avait été hospitalisé après son dernier concert à l'Olympia à Paris, le 12 novembre dernier. "Il a lutté courageusement pendant deux mois et jusqu'au bout contre plusieurs anévrismes", a indiqué sa famille. Fils du dessinateur Cabu et d'Isabelle Monin, cofondatrice du magazine consacré à l'écologie La Gueule ouverte, Mano Solo était né le 24 avril 1963 à Châlons-sur-Marne. Son œuvre engagée et musicalement riche lui a valu trois Disques d'or. Au fil de ses albums (une dizaine), il a réussi à marier la chanson réaliste et le rock indépendant, avec des sonorités variées issues du tango, du flamenco, de la java parisienne, de rythmes africains et du jazz manouche. C'est en 1993 qu'il rencontre le succès avec La Marmaille nue, un album où le chanteur, alors âgé de 30 ans, raconte notamment la drogue et la délinquance de son adolescence. Un album qui s'écoulera à plus de 100 000 exemplaires.
C'est surtout dans la maladie qu'il puise son inspiration. Atteint du sida, contracté dans les années 1980, l'artiste choisit de le dire : "J'ai deux nouvelles, une bonne et une mauvaise. La bonne, c'est que je ne suis plus séropositif. La mauvaise, c'est que j'ai le sida !", lance-t-il au public en octobre 1995 un soir de concert au Bataclan. Le succès est également au rendez-vous pour Les Années sombres, en 1995, et Mano Solo s'installe dans le paysage musical français, où il est suivi par de nombreux fidèles. Au fil des années, ses albums se font plus politiques, notamment avec l'album Les Frères misères réalisé avec son groupe Les Chihuahuas. A la sortie de son dernier disque, Rentrer au port, en septembre, il expliquait sur Europe 1 son besoin de parler sans détours des choses de la vie : "On se met à travailler un peu désespérément en se disant 'est-ce qu'on va avoir quelque chose à dire ?' Et puis finalement oui, parce que de toute façon on vit."